Il y a des rencontres qui bousculent notre cheminement artistique, qui déstabilisent nos réflexes créateurs, qui laissent dans notre tête de grands espaces à (re)combler à force de recherches, de réflexions, d'essais infructueux, et d'erreurs révélatrices. Une bien longue phrase pour amorcer cette publication! Et pourtant, elle rend à peu de choses près l'état d'esprit dans lequel m'a laissée ma rencontre avec Andrea Wagner, venue dernièrement à l'École de joaillerie de Québec présenter et échanger sur son travail en joaillerie contemporaine. Le premier contact que j'ai eu avec cette créatrice remonte à l'année 2008, alors qu'elle était la commissaire de l'exposition de joaillerie hollandaise d'avant-garde Golden Clogs, Dutch Mountains, de passage au centre MATÉRIA. J'étais ressortie de ma visite complètement stimulée par ce que j'avais pu admirer, enchantée notamment par toute la gamme de matériaux non-traditionnels utilisés par ces joailliers dans la fabrication de leurs pièces. Bref, à ce moment là, comme lors de la récente conférence d'Andrea, je me suis sentie plus riche, et à la fois plus vide... Quelque chose comme un besoin de sortir de mon confort créatif. Heureuse coïncidence, depuis peu, je fais partie d'un groupe de création dirigé par Noël Guyomarc'h, propriétaire de la galerie du même nom à Montréal. Une fois par mois, il anime et dirige nos rencontres pour lesquelles je dois créer un bijou contemporain en explorant un thème pré-déterminé.
Voici donc un bref aperçu des deux premières créations :
Rouge était le thème du premier projet. J'ai commencé à travailler de manière instinctive en cousant ensemble des morceaux de ballon de baudruche de cette couleur. En manipulant le résultat, la texture des coutures répétitives sous le latex m'a fait penser à une masse anormale sous la peau d'un sein. J'ai donc poursuivi dans cette voie : la pièce finale, une broche presque naïve à première vue, dissimule sous sa couche de latex une petite masse grumeleuse qui n'est perceptible qu'au toucher, créant ainsi un second degré de lecture beaucoup plus intime et dramatique.
Le deuxième projet se présentait sous la forme d'un petit défi... passer 15 minutes dans une quincaillerie, s'y procurer des matériaux de notre choix et créer un bijou avec le tout. Même si je me sentais plutôt démunie devant ces matériaux auxquels je ne suis pas habituée, je me suis prêtée au jeu, et j'ai trouvé l'exercice très amusant! Je vous présente donc mon petit sautoir expérimental fabriqué en fil de fer, tube thermorétractable et cosses à anneaux.
D'autres créations en matériaux non-traditionnels sont en cours... À suivre!
